Face aux accusations de réformatique
Les plus radicaux de notre camps -- c’est-à-dire nous -- rétorqueront :
Mais pourquoi passer du temps à réfléchir et à programmer quelque chose dont l’usage se fait sur ordinateur ? Cela ne favorise-t-il pas, comme dit dans le texte, l’utilisation du terminal numérique ? Au lieu de véritablement vivre vos vies et à réaliser la critique sociale, vous passez (au moins une partie de) votre temps à bidouiller des jouets.
Dans la mesure où nous ne sommes pas capables de nous passer de l’ordinateur (question de travail, de relicat de vie sociale et culturelle), nous pensons qu’il y a un certain intérêt à limiter son emprise sur nos vies. Il n’est pas question de rendre supportable son utilisation, mais d’en programmer notre détachement. Quand bien même l’information s’amalgame sur internet, elle a presque disparu partout ailleurs*. Une fois que le matériel et le réseau existe, et que celui-là a tout absorbé, il devient important de lui arracher ce qu’il y reste de pertinent. L’important est d’ancrer ce que l’on y vole dans un rapport social et communautaire -- chose à laquelle échoue totalement le piratage, et qui fait de lui un temple de la marchandise au même titre que les plus grands marchés payants. Une fois le lien social restauré, les chaînes numériques tombent d’elles-mêmes.
* À terme, c’est la vie elle-même qui disparaît de la réalité, de sorte qu’elle n’existe plus qu’en tant que simulacre informatisé. À ce moment là, le virtuel devient réel, et le réel retombe dans le virtuel : tout est déjà ; plus rien n’est possible.
Ce que nous repprochons à l’informatique, c’est d’être cette force qui réduit la vie à une question d’information calculable. Cette capacité de traîter à une vitesse surhumaine des quantités surhumaines de données n’a jamais servi à autre chose qu’à la justification de l’éloignement de l’humain de son activité, ainsi que des humains entre eux. L’ordinateur domestique est un pur produit du capitalisme mondialisé, il ne peut exister sans lui et par conséquent ne peut véritablement servir que lui. Les différents aspects de nos vies ont intérêt à être informatisé puisqu’ils peuvent de cette manière être mesurés et ainsi surveillés, commercialisés et rendus profitables. Pour devenir information, nos activités doivent être réduite à un vulgaire mécanisme, perdant ainsi leur dernière part d’humanité. Toute action sensible devient un procédé mécanique. Tout ce qui n’est pas mécanisable [apparaît comme] est dangereux. Tout ce qui est dangereux n’est pas mécanisable. Cela, il faut toujours l’avoir en tête. Toutefois, cela ne veut pas dire que l’ordinateur est en lui-même un objet néfaste pour la société. Ce qui le rends effectivement néfaste, socialement comme indivduellement, c’est à la fois le mode de production qui permets son existance, et l’utilisation qu’on nous force à en faire (deux choses qui sont, on le rappelle, les deux faces d’une même pièce).