Le rôle de la musique dans nos vies est bien pathétique. Elle nous emmène au travail, et pour les plus malchanceux d’entre nous, les y accompagnent.
Nous ne choisissons plus la musique que nous écoutons, ce choix a été délégué aux machines en tant que travail*. Sur les plateformes de streaming, la page d’accueil ne contient ni vos playlists ni les albums que vous avez précisé être vos favoris. Ces plateformes ne facilitent pas votre écoute de la musique, elles la dirige. Tout aspect pseudo-social vendu par celles-ci n’est qu’un leurre, un simulacre.
* : C’est une nuance importante. C’est un changement de paradigme, la curation maintenant se marchandise. Quand bien même cela a été dès le début absorbé par le travail machiniste, il faut être conscient que ce qui doit être combattu ce n’est pas seulement cette mécanisation mais la marchandisation qui est venue avec. La porte de sortie ne sera pas les catalogues numériques d’artistes -- mais écrits par de vraies personnes au lieu des fausses -- ni le piratage à grande échelle ni les agents de recommandation personnels écologiques.
Face à une quantité virtuellement infinie de musique, tristement triés en playlist médiocres par les professionnels de l’ennui et leurs robots, nous ne pouvons qu’être désensibilisés. Nous n’écoutons plus de la musique, nous consommons un produit parmis une myriade de marchandises qui ne diffèrent plus qu’en apparence. La quantité monstrueuse justifie la mécanisation et l’automatisation de nos habitudes musicales. Sans algorithme complexe, comment découvririez-vous ce nouvel artiste "underground" produisant toujours-la-même-soupe-auditive mais à 3000 km de chez vous ?
Construire sa propre bibliothèque musicale est le premier pas nécessaire pour quitter ce rapport. En procédant ainsi, l’on choisit effectivement la musique que l’on écoute en faisant tourner ce programme clunky pour extraire la musique de la marchandise qui l’englobe. S’il est bavard, ce n’est pas pour être mystifiant, mais pour donner de la texture au processus de télécharger de la musique*. Vous gagnez la possibilité d’écouter de la musique non-professionnelle, et en particulier de la musique non-marchande ; vous nécessitez seulement le fichier audio pour aggrandir votre bibliothèque.
* : Pour cette même raison, nous détestons les solutions consistant à extraire sa bibliothèque d’une plateforme en une fois, sans accrocs. Sans mettre de réflexion -- et donc de soi -- dans l’organisation de sa musique, on retombe dans les mêmes travers. La démarche ne consiste pas à déplacer l’amas informe de la plateforme à l’ordinateur personnel. En procédant ainsi, on ne fait que perdre ce qui permettait de lire dans l’immensité de la collection, ce qui nous pousse donc à revenir sur les dites plateformes.
Ce programme ne vous fera pas découvrir de la musique, il vous aide seulement à en télécharger. Pour savoir quoi écouter, faites-vous des ami.e.s qui écoutent ou produisent de la musique. Il est souhaitable de créer un peu de place pour discuter de musique avec des gens que vous connaissez.
Nous souhaitons conseiller à l’utilisateur.ice de ce programme le réseau soulseek. C’est un réseau de partage pair-à-pair utilisé pour des fichiers plutôt légers, il est notamment populaire pour s’échanger de la musique. L’idée est que chacun mette à disposition ses propres fichiers, tout en naviguant dans ceux des autres. Au contraire d’un tracker d’un torrent, l’individu est mis au centre : il partage ses fichiers. Vous pouvez par exemple allez voir les fichiers partagés par les membres du club de désinformatique, leurs pseudo sont écrit quelque part sur le site. Nous ne pensons pas que Soulseek soit un réseau parfait, mais il est déjà très correct et offre quelque chose que l’internet des choses et ses utilisateurs ont oublié.
Il est aisé avec des logiciels comme mpd de streamer votre musique sur un réseau local vers vos autres appareils. Il est aussi aisé de synchroniser une bibliothèque sur vos différentes machines. Vous pouvez même graver vos playlist sur des CDs et les foutre dans votre caisse ou dans un quelconque lecteur. D’ailleurs, graver des compilations (vous savez, l’ancien mot pour dire playlist) pour les offrir, c’est très mignon.